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Les maisons ouvrières chics
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Source : Empruntis ( 30/07/04 )
Des maisons ouvrières chic
Dans la capitale aussi, beaucoup de maisons ont été construites pour loger les ouvriers. Mais la sociologie a beaucoup changé. Rare et très tendance, la maison parisienne est désormais onéreuse.
Des maisons, Paris en compte plus de 12.000. C'est ce que révèle l'exposition « Le Paris des maisons, objets trouvés » qui se tient au Pavillon de l'Arsenal. Et, comme l'explique Jean-Pierre Caffet, chargé de l'urbanisme à la mairie de Paris et président du Pavillon de l'Arsenal, « les maisons parisiennes sont une entité singulière et hétérogène. Contrairement à Londres ou Amsterdam, elles sont étranges, variées et renvoient à une grande diversité typologique et stylistique ».
En effet, toutes sortes de maisons jalonnent la capitale : maisons ouvrières, villas, cités, lotissements, hôtels particuliers. L'habitat individuel est essentiellement localisé dans les arrondissements périphériques qui étaient, avant 1860, des communes suburbaines en pleine évolution avec d'importantes opérations de divisions foncières résultant du démembrement de grandes propriétés, de terres agricoles ou de carrières.
Ainsi note Amina Sellali, architecte, docteur en urbanisme, « l'urbanisation des territoires de l'Est parisien incorporés à Paris en 1860 au moment de l'annexion, démarre vers les années 1820, avec l'arrivée massive d'ouvriers «montant» à Paris en qualité de maçons, de charpentiers, de couvreurs... elle se poursuivra et s'intensifiera jusqu'au début de la Première Guerre mondiale. La frénésie spéculative qui s'empare des communes de l'ex-banlieue de Paris donne naissance à une multitude d'opérations de lotissements au moment du Second Empire ». Et c'est en effet dans le cadre d'opérations de lotissements qui peuvent aller de la division d'une parcelle de 500 m2 en plusieurs lots à celles de terrains de quelques hectares qu'un grand nombre de maisons individuelles furent construites.
Certaines sont d'ailleurs bâties par les propriétaires eux-mêmes, sans architecture précise et selon un savoir-faire empirique. D'autres sont plus élaborées, forment de véritables villages avec cahier des charges très précis qui réglemente la hauteur des maisons, les matériaux, la hauteur des murs de clôture, le pavage, l'éclairage... un peu comme les « nouveaux villages » d'aujourd'hui, importés directement des Etats-Unis. D'où parfois une écriture architecturale savante ou au contraire de bric et de broc.
Toujours est-il que ces maisons, plébiscitées à l'époque par les ouvriers qui mettaient un point d'honneur à devenir propriétaires, ne sont pas en 2004, acquises par des ouvriers ! Rare et très tendance, la maison parisienne a toujours été onéreuse. Mais, depuis six ans, la valeur s'est surmultipliée et ces fameuses maisons ont facilement doublé de prix dès lors qu'elles présentent un petit lopin de verdure. Et comme le souligne Hélène Robet de l'agence Pelissolo, ancrée en plein coeur de la Mouzaïa (XIXe), « les amateurs de maisons n'hésitent pas à changer d'arrondissement pour décrocher une maison avec jardinet ou cour ».
Pas facile pour autant d'en dénicher une, les heureux propriétaires se séparant difficilement de leur petite perle. Et, dès qu'une occasion se présente, le bouche à oreille fonctionne et l'affaire est réglée en 48 heures. Le produit le plus recherché dans Paris tourne autour de 100 m2 avec double séjour en rez-de-chaussée, deux chambres à l'étage, une dans les combles, une cave, un petit jardin devant et une courette à l'arrière. La façade est en brique ou en pierre de meulière, voire recouverte d'un crépi.
Très peu sont encore dans leur « jus », avec la cave à charbon, le vasistas dans la toiture, l'appentis dans la cour arrière abritant une cuisine de fortune. Au gré des reventes, les travaux ont été réalisés et la plupart des maisons sont aux normes. XIXe et XXe : de vrais villages
Une balade printanière dans le secteur de la Mouzaïa (XIXe), dans la rue de Bellevue, villa Loubet ou villa Marceau ou encore hameau du Danube tout comme dans le quartier de la Campagne à Paris (XXe) avec la rue Irénée-Blanc ou celle du Capitaine-Tarron plonge dans une humeur champêtre : calme, verdure à profusion avec maisons recouvertes de vigne vierge, glycines grimpantes et odorantes butinées par quelques bourdons chahuteurs, rosiers croulant sous les fleurs, volets mi-clos pour garder la fraîcheur... le promeneur semble loin de Paris et l'amateur de maisons fulmine de ne rien trouver à acheter même à bon prix.
La Mouzaïa revient pourtant de loin. L'urbanisation de ce secteur est le résultat de deux facteurs. D'une part, on a voulu résorber l'habitat insalubre du XIXe en construisant des maisons individuelles.
D'autre part, la fragilité des sols (carrières) rendait impossible la construction d'immeubles collectifs. Résultat : un petit « village » à quelques mètres seulement du périphérique. Seul bémol actuellement : dans ces petits pavillons se succédant le long de ruelles pentues, aucune petite maison à vendre.
L'agence Pelissolo du réseau L'Adresse, pourtant bien implantée dans le secteur ne dispose pas actuellement de ce type de biens alors qu'en mai dernier, elle a vendu, rue de Bellevue, deux maisons, l'une de 90 m2 à 390.000 euros, l'autre de 120 m2 à 530.000 euros, les deux avec gros travaux à la clef. Quelques biens, un peu plus conséquents, apparentés à des maisons de maître ou de contremaître, se trouvent un peu plus facilement mais à prix fort, comme cette maison de 160 m2 à 800.000 euros avec jardin et terrasse.
La Campagne à Paris (XXe), à quelques pas seulement du boulevard Mortier et de la porte de Bagnolet, égrène aussi un quartier privilégié autour des rues du Capitaine-Ferber, Siegried, Géo-Chavez, Irénée-Blanc... et de la place Edith-Piaf.
« Des maisons construites aussi au début du XXe siècle pour recevoir les premiers émigrés de l'Est, commente François Février de l'agence Laforêt. Un autre monde dans Paris, sans prétention mais très bucolique avec toutefois des prix qui se situent dans la fourchette haute de l'arrondissement, autour de 4.600 euros le mètre carré ». Pour environ 100 m2, il faut donc tabler, avec un peu de chance, sur 500.000 euros et sur quelques gros travaux. Mais avec en prime des capucines ou du chèvrefeuille et une vie de village.
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